Le Dr Louis J. West, chef du département de psychiatrie et neuro-psychiatrie
de l'UCLA (université de Los Angeles) durant 30 ans, expert en droits de l'homme, alcoolisme et abus sectaires,
est mort chez lui à 74 ans.
Prof. L.J. West à propos de la scientologie:
"Psychiatry and Scientology"
by L. J. West, M.D.
publié à l'origine dans "The Southern California Psychiatrist,"
Juillet 1990, pp. 13-16.
Le Dr West avait accordé l'autorisation de reproduire cet article dans les librairies électroniques
et les réseaux informatisés.
La scientologie a commencé sous la forme de secte pseudo-scientifique, la Dianétique, décrite
par L. Ron Hubbard, écrivain de science-fiction, dans son ouvrage "Dianétique, la science moderne
de la santé mentale, paru en mai 1950.
La Dianétique a d'abord attiré des adeptes à qui elle promettait de soigner leurs désordres
psychiatriques et psychosomatiques au moyen d'une procédure dénommée "audition dianétique",
à base de psychologie populaire, d'hypnose et d'usage de cybernétique. On s'adresse alors
aux charges ayant réagi sur l'appareil.
La théorie hubbardienne consistait à dire que les gens pouvaient parvenir à la santé
en effaçant (clarifiant, mettant au clair,) des influences négatives (engrammes) dans leur mental,
en retournant (souvent jusqu'à l'age prénatal) sur une "piste du temps" ayant lieu au cours
d'une "rèverie dianétique" en présence d'un "auditeur" écoutant
le sujet. Ce dernier est branché sur un simple psycho-galvanomètre appelé "électromètre,
ou e-meter" montrant des réactions sous-cutanées (GSRs) en réaction aux questions posées
par l'auditeur.
Au cours des premières années, la dianétique dût faire face à plusieurs ennuis
judiciaires liés aux règles gouvernant la pratique médicale et celle d'autres professions
de santé. Les avocats hubbardiens modifièrent sur le plan légal, dès 1954, cette psychothérapie
non-professionnelle de la dianétique en une entreprise religieuse nommée église de scientologie.
Sous la protection de ce statut religieux, il n'y eut plus de cesse à l'extraordinaire progression de
la scientologie. Malgré quantité de scandales et de poursuites en justice, la bizarre secte guérisseuse
devint une affaire multi-millionaire, internationale, publicisant ouvertement sa psychothérapie privée
sous les auspices religieux - ce qui lui permit d'échapper à des poursuites pour pratiques incorrectes,
(mais pas à des poursuites pour dommages et escroquerie). Elle échappa ainsi à la déontologie
des arts médicaux et des comités éthiques de la santé.
L'audition dianétique offre une série de "cours " thérapeutiques
(payés d'avance et accompagnés de contrats) allant de l'état de "pré-libéré"
à "libéré" et à "clair", état rare et ultime touchant à
la "liberté totale" du fait qu'on serait lavé de tous les "engrammes". Chaque
cours de traîtement s'avère être une succession de séances d'audition destinées
à débarrasser l'individu de ses attitudes, émotions et comportements indésirables.
Les auditeurs reçoivent un entraînement sur la méthode. Ceci fonctionne selon un schéma
pyramidal, où des milliers de gens sont audités par des gens au-dessus de leur niveau, tandis qu'ils
auditent des gens en-dessous de leur niveau. Comme dans tout schéma pyramidal, l'argent file surtout vers
le sommet.
Le challenge final du "clair" scientologue consiste à devenir un "thétan
opérant" ou "thétan opérationnel"; il reçoit donc alors de nouvelles
étapes pour scientologues avancés, afin d'acquérir une compréhension plus étendue
des enseignements "religieux" d'Hubbard - selon qui les comportements aberrants auraient été
implantés chez l'homme voici 75 millions d'années par un tyran galactique du nom de Xenu. Xenu avait
congelé les hommes et les avait balancés dans des volcans. Les ayant ensuite détruits à
la bombe H pour résoudre une affaire de surpopulation, il implanta dans leurs esprits des pensées
malfaisantes. Depuis lors, des flopées de ces esprits malins (qu'il nomme des body thétans ou thétans
de corps, ou BTs) seraient collés aux êtres humains se réincarnant depuis l'éternité,
et seraient responsables des comportements aberrants.
L'illumination n'est pas bon marché. Si vos moyens (ou votre aptitude à hypothéquer
votre avenir) le permettent - il s'agit de payer en fait queqlues 1000 dollars de l'heure, soldés par lots
de 12 h30 nommés "intensives" - il peut vous en coûter 50, voire 100000 dollars ou plus
pour escalader - si jamais vous y parvenez - les nombreux cours. Il en existe d'ailleurs aussi en option, des centaines,
pouvant atteindre 16500 dollars l'unité. Les membres dont la famille sont dans l'organisation sont de plus
en plus nombreux. Leurs enfants fréquentent des écoles privées dirigées par des scientologues.
Les membres du personnel doivent suivre des codes de comportement détaillés, renforcés par
des pénitences graduellement plus sévères en fonction de leur péchés, délits,
crimes et crimes capitaux.
La scientologie se dit victime de persécution orchestrée par les médias, le gouvernement
américain, diverses organisations médicales dont la Fédération Mondiale pour la Santé
Mentale - WFMH - ou l'association nationale de santé mentale anglaise), ainsi que par divers individus comprenant
officiels de gouvernements, membres du clergé traditionnel, certains praticiens, ou d'autres citoyens ayant
critiqué ses pratiques. Elle a déposé des centaines de plaintes au cours des années
passées, s'en prenant aussi bien au FBI, à la CIA, à l'agence de sécurité nationale,
à l'IRS - le fisc américain - et à un nombre sans cesse grandissant de critiques individuels.
Le 15 août 1978, un grand jury fédéral de Washington incriminait onze des principaux chefs
de la scientologie ayant accompli une vaste quantité d'illégalités dont infiltration, espionnage
téléphonique et cambriolage du Ministère de la Justice, de l'IRS, et d'autres agences fédérales.
La scientologie dirige d'autre part des services de renseignement sophistiqués et des opérations
de propagande afin de contrer des individus ou organisations privées qui la critiquent, qu'elle dénomme
des "personnes suppressives".
Une branche spéciale créée dès 1966 par Hubbard s'occuppe des "sales coups",
par exemple les menaces de mort par téléphone, la diffamation d'ennemis individuels, l'envoi de faux
destinés à compromettre les "personnes suppressives" en utilisant leurs propres papier
à en-tête, les appels anonymes auprès du fisc pour dénoncer des ennemis, etc... Les
"sales coups" ajoutés à d'autres campagnes de relations publiques entreprises par l'église
et à ses plaintes judiciaires frivoles semblent surtout destinés à détruire la réputation
de l'ennemi, à le harrasser, le décourager et l'intimider. Tout cela est justifié par la règle
d'Hubbard déclarant que les personnes suppressives sont "gibier de potence" (fair game).
La "Commission pour les droits de l'homme" (CCHR en anglais, CCDH en France), l'une des organisations
de façade de la scientologie, travaille souvent au corps les membres individuels ou les organisations médicales,
en particulier l'association psychologique américaine (APA). Le CCDH fut créé en 1969 pour
enquèter et publier les "violations des droits de l'homme" - ces violations comprennent l'usage
professionnel des électrochocs, du Ritalin (methylphenidate) à l'intention des enfants souffrant
de troubles de l'attention, et tout usage de médicaments psychiatriques tels que le Prozac ou le phénotiazemes.
Ils ont littérallement déclaré la guerre contre "Newsweek" qui avait publié
un article sur l'affaire Prozac.
Depuis des années, les scientologues ont organisé des manifestations par l'intermédiaire
du CCDH/CCHR lors du congrés annuel de l'APA. Il arrive même que des avions équipés
de banderoles disant "LA PSYCHIATRIE TUE" volent au-dessus des participants. Ces protestations connaissent
un certain succès dans les médias. La secte manifeste aussi contre des individus, les diffame, les
harcèle et les harrasse, parfois des années d'affilée.
Autre groupe de façade de la scientologie: Narconon. Cette affaire nationale prétend réhabiliter
les drogués par la désintoxication, par des régimes, de l'exercice, du sauna et bien sûr,
les inévitables séances d'audition. Ils prétendent à 86 % de réussite. Ils ont
été si habiles dans leurs publicités, qu'ils ont réussi à obtenir des aides
considérables. Deux systèmes scolaires de l'Idaho ont engagé des agents Narconon pour parler
des drogues aux enfants. Le département pénitentiaire du Michigan a passé des contrats avec
Narconon pour réhabiliter des drogués. Actuellement, Narconon tente d'obtenir une autorisation
permanente dans un établissement de traîtement proche de la réserve indienne de Chilicco.
L'an passé, les autorités espagnoles ont inculpé Narconon d'escroquerie et les accusent
d'amener leurs clients en scientologie. 71 personnes ont été arrètées, dont le président
de l'église de scientologie, internationale, Heber Jentzsch. Des centaines de documents ont été
saisis; un juge espagnol a gelé l'usage de comptes bancaires recelant 900 000 dollars. Les suspects ont
été relâchés après un bref séjour en prison mais restent inculpés
pendant l'enquète.
La profession médicale - la psychiatrie en particulier - n'a jusqu'ci presque jamais réagi aux
attaques, diffamations et autres déprédations commises par la scientologie. Il n'existe dans la littérature
professionnelle que quelques maigres références à la scientologie. Il en ressort que les professions
n'ont clairement pas pris la mesure du danger des sectes en général, en particulier celui des
campagnes anti-psychiatriques hostiles menées par "l'église" de scientologie.
On s'étonnera qu'une majorité de gens en sache fort peu sur la scientologie. On ne trouve
qu'une poignée d'articles et d'ouvrages publiés, ainsi que quelques morceaux de bravoure dans
la presse populaire, sur Hubbard et ses adeptes. En mai 80 et septembre 81, le Reader's Digest a publié
deux articles sur la scientologie et ses dangers. Les livres d'info récents sont "L. Ron Hubbard,
Messie ou Cinglé", de Bent Corydon et L. Ron Hubbard Junior, et "Le Messie Démasqué"
de Russell Miller. Le Times de Los Angeles a produit une excellente série de six articles, commencée
le 24 juin 90.
Hélas, les dommages engendrés par la scientologie dépassent largement les attaques contre
ses critiques ou la psychiatrie. Ce sont les adeptes eux-mêmes et leurs familles qui risquent davantage d'avoir
à en souffrir. Des individualités détruites ressortent de la secte, souffrant souvent de
PTSD (Post traumatic Stress disorder, soit désordre de stress post traumatique), incluant d'évidents
symptômes de dissocation. Certains cherchent une aide chez les psychiatres. Nous la leur devons, afin de
continuer à nous informer sur les dangers causés par des sectes comme celle-là, et nous devons
publier nos résultats de recherche sans craindre les conséquences.
AUTRE ARTICLE DU DR WEST sur la scientologie